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Les enfants de Yuki, après deux ans d’université au Manitoba, ont chacun à leur tour, à trois ans d'intervalle, consacré une année entière à étudier le japonais à l’Université Tokai au Japon et à s’entraîner avec son réputé club de judo, les deux, de façon intensive. Nous vous présentons les écrits combinés de leur journal de bord respectif, lesquels seront émaillés de notes rétrospectives et d’échanges sur leur expérience.

27 septembre 2011

 

L’année scolaire a officiellement débuté…

Nos cours ont commencé et nous sommes déjà surchargés de tests et de devoirs. Chaque jour, nous avons un test, que ce soit un questionnaire de katakana, de vocabulaire ou de kanji (les caractères complexes). Nous devons aussi étudier notre écoute, notre lecture, la grammaire et

des manuels de kanji en plus de compléter tous les devoirs du jour assignés. Une de mes collègues de classe se plaint qu’on nous en donne trop… et elle ne fait pas de judo, elle! Pour le moment, les cours sont assez faciles pour moi puisque j’ai déjà appris la plupart de ce que nous étudions en ce moment dans mes cours de japonais à l’Université de Winnipeg. Cela constitue donc une bonne révision. Et ça ne me dérange pas que ça soit facile pour le moment, car je suis certaine que ça va se compliquer au fur et à mesure de notre apprentissage.

À mon avis, nous avons les enseignants les plus gentils. Quand ils se sont présentés lors de l’orientation, les enseignants de la classe numéro 7 étaient ceux qui souriaient le plus. Une, en particulier, sensei Chiba, est très drôle. Elle danse, chante, créé de bizarres onomatopées et dessine des tonnes de mignons croquis au tableau durant les cours. Elle fait rire toute la classe.

Je viens tout juste d’apprendre que ma coloc, Moe, part étudier au Canada au mois de janvier! Elle avait soumis sa demande et vient de recevoir son acceptation aujourd’hui. Malheureusement, je n’y serais pas puisque je serai encore au Japon. Je suis certaine qu’elle va me manquer. L’autre jour, nous avons regardé Black Swan ensemble. Si vous désirez voir un film étrange et déconcertant, louez-le. Il y avait plusieurs choses que je n’ai pas comprises ou que je n’ai comprises que quelques scènes plus tard. Malgré qu’il y a des choses qui demeurent nébuleuses, j’ai aimé le jeu d’acteur de Natalie Portman. C’est une actrice extraordinaire (et née le même jour que moi!) et elle était parfaite dans le rôle de Nina. 

Puisque je suis sur ce sujet, si vous aimez lire, je recommande House Rules, de Jodi Picoult. Je suis en train de le lire, quoique très lentement par manque de temps, mais je l’adore! Je le lirais probablement d’un trait si je pouvais me permettre ce luxe. Ma mère serait d’accord avec moi là-dessus. C’est l’histoire d’un adolescent qui a le syndrome d’Asperger. Socialement, il a du mal à s’adapter aux autres jeunes de son âge, mais demandez-lui n’importe quoi au sujet de l’analyse médico-légale et il ne peut s’arrêter de parler. Pour une raison quelconque, Jacob est impliqué dans un meurtre dans sa petite ville et il s’ensuit une enquête pour tenter de trouver le meurtrier, et peut-être découvrir la terrifiante vérité : Jacob est-il responsable du meurtre?

Je n’en suis qu’à la moitié, donc je ne peux pas vous dire comment ça finit, mais je vous le recommande. En fait, je recommande tout livre de Jodi Picoult. J’ai lu un autre livre d’elle, My Sister’s Keeper, que j’ai aussi beaucoup aimé et que j'ai apporté au Japon pour le relire. Je sais, je suis un rat de bibliothèque. ;)

Je n’ai pas beaucoup d’autre chose à dire maintenant. J’ai eu deux pratiques de judo jusqu’à présent et une séance de musculation. Je crois que j’en ai surpris plusieurs durant l’entraînement avec ma technique et les poids que j’ai utilisés. Certaines sont venues me demander quel était le poids maximum que je pouvais lever, accroupie. Hi hi! Je ne pouvais pas leur dire parce que tous les poids étaient en kilogrammes au lieu de livres. C’est vraiment bien que j’aie accès à un gymnase, c’est presque comme un second chez-moi, pour moi. Et c’est intéressant de voir combien d’exercices sont aussi faits au Japon, par exemple, sangler un GI à l’appareil d'extension dorsale pour faire des extensions. Je pourrai peut-être partager avec elles quelques-uns des exercices que je fais au Canada. On verra.

Je dois commencer mes devoirs maintenant, alors j’y vais. J’essaierai d’écrire à nouveau bientôt. Ja mata! (à la prochaine)
 

1 ͤ ʳ octobre 2014

Je marche comme un éclopé*

Ma vie commençait à devenir assez rude, ici, au Japon. L’entraînement poussait mon corps, tandis que les études poussaient mon esprit à sa limite. Il semblait que ça allait seulement continuer dans ce sens jusqu’à…

… mardi matin le 30 septembre, durant la pratique, Dieu a décidé de m’infliger ma deuxième plus grosse blessure : le déchirement d’un ligament dans le genou. 

Comment est-ce arrivé? Je pratiquais au sol avec un judoka plutôt poids lourd depuis environ 12 secondes quand ce dernier a décidé de tirer sur ma jambe au moment où je la retirais. Le résultat : un énorme POP et j’ai ensuite boité hors du matelas pour aller appliquer de la glace.

Ce fut une dure journée. Malgré que je ne ressentais pas trop de douleur, je savais que quelque chose n’allait pas. J’ai décidé de continuer à boiter jusqu’à ce que je sache ce qui se passait. Ma sœur m’a recommandé d’aller avec quelqu’un voir le Dr Miyazaki, celui qui s’occupe des membres du club de judo.

J’avais mis de la glace tout de suite, puis à nouveau 20 minutes plus tard. Je me suis aussi servi d’une petite serviette comme renfort autour de ma jambe. Je suis entré dans ma classe en retard et tout le monde m’a regardé boiter jusqu’à ma place. Je devais attendre toute la journée et ce fut très difficile de porter attention au cours. 

Finalement, j’ai contacté un de mes amis du club de judo, Kotaro Sasaki, qui a été assez gentil pour m’amener voir le médecin après la pratique. Bien entendu, je n’ai pas fait la pratique. J’ai dormi au lieu.

Kotaro a aussi une blessure au genou, et il devait y aller aussi de toute façon. Nous avons pédalé jusqu’à la clinique, garé nos vélos, puis boité jusqu’à l’intérieur. Au moment d’enlever mes souliers, ce qui est la coutume quand on entre dans un édifice au Japon, j’ai ressenti des ondes de douleur dans la jambe. Nous nous sommes identifiés, avons attendu, puis c’était finalement mon tour.

Le médecin m’a fait asseoir et a manipulé ma jambe pendant un petit moment avant de poser son diagnostic. De toute évidence, je me suis blessé le ligament extérieur du genou droit. Il ne croyait pas que c’était trop grave, malgré ce qu’il a ensuite dit qui m’a coupé le souffle : 

- Tu ne peux faire de judo pendant un mois.

Évidemment, il a dit ça en japonais, mais ça m’a quand même pris par surprise. Je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour accélérer la guérison, mais à part la glace et du repos, il m’a dit peut-être des flexions et des exercices vers l’avant pour aider à la stabilisation. Il m’a dit que je n’avais pas besoin d’orthèse, mais a insisté pour que je me procure au moins un bandage de contention pour plus de support. Il se souvenait de ma sœur lors de son séjour trois ans auparavant et a été assez gentil de me laisser partir sans payer, même si je n’avais pas ma carte d’assurance avec moi.

Au moment où nous sortions, j’ai rencontré une des filles du club de judo qui travaillait à la clinique. Elle avait connu ma sœur et, après avoir échangé nos comptes Facebook, ri de mon défi du seau de glace (qu’elle avait trouvé tout simplement hilarant), Kotaro et moi sommes ensuite allés souper. 
 

Kotaro Sadaki appréciant son repas!

BOOM! Yakiniku! Viande grillée à la japonaise.

Kotaro a eu la gentillesse de m’amener à un restaurant où l’on offre un buffet de yakiniku à volonté. Il a étudié l’anglais très sérieusement et son anglais est bien supérieur à celui de la plupart des Japonais que j’ai rencontrés. Nous avons eu des discussions intéressantes durant ce délicieux souper. Ensuite, j’ai boité jusqu’à mon dortoir, étudié pour mon test du lendemain et me suis endormi.

Ce n’est que le lendemain que j’ai réalisé l’impact de ma blessure. J’ai dû boiter jusqu’à mon pupitre. Chaque petite marche prend deux fois plus de temps. Pour aller à l’école, je ne peux plus pédaler jusqu’en haut de la côte, au lieu de cela,

j’arrête en bas, descends et commence à boiter. À la cafétéria, ma nouvelle façon de marcher attire bien des regards sur moi. Gravir les escaliers est devenue ma hantise du jour ainsi que ma tâche la plus difficile. Tout le monde me regarde à l’école, lorsque je me déplace dans les corridors jusqu’à ma classe.

J’ai dû avertir sensei Agemizu, l’entraîneur en chef de Tokai, que je ne pourrais pas pratiquer pendant un certain temps. Il n’avait pas l’air très content… chaque fois que je tombe sur un membre du club de judo, je ne peux m’empêcher de penser qu’il doit me prendre pour un lâche.

Seul le temps pourra prédire comment ça va finir. Mais c’est sûrement un signal d’alarme.

* Titre original : I walk with a limp, like an old school pimp... en référence à I'm In Miami Bitch de LMFAO.

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