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Les enfants de Yuki, après deux ans d’université au Manitoba, ont chacun à leur tour, à trois ans d'intervalle, consacré une année entière à étudier le japonais à l’Université Tokai au Japon et à s’entraîner avec son réputé club de judo, les deux, de façon intensive. Nous vous présentons les écrits combinés de leur journal de bord respectif, lesquels seront émaillés de notes rétrospectives et d’échanges sur leur expérience.

 15 septembre 2014 (suite)

Là où le Japon excelle!

Dimanche matin, je me suis levé tôt, j’ai préparé quelques affaires à emporter, puis j’ai rencontré quelques difficultés en prenant ma douche. J’ai réalisé que j’allais être en retard. J’ai sauté sur mon vélo pour me précipiter à la gare, je l’ai stationné, et je dévalais les escaliers vers le quai... quand j’ai vu le train partir avec mon guide.

J’avais alors deux choix :
1. Retourner au dortoir
2. Prendre le train suivant

 

C’est de Mamoru Vincent Blais-Shiokawa qu’on parle! J’ai donc pris le train suivant, n’ayant AUCUNE idée de ce que CETTE journée me réservait. Heureusement, j’avais une photo du train à prendre sur ma tablette. Mais, comme je l’ai déjà dit, c’est très difficile, même avec une carte et un horaire, de trouver les bons trains à prendre.

 

Arrivé à la deuxième station, où je devais changer de train et de ligne, j’ai trouvé le bon train... ou c’est ce que je croyais. J’étais à la veille d’embarquer quand j’ai réalisé que je ne savais pas comment me rendre de la gare au site du tournoi, ni même le nom du site du tournoi. J’ai ressenti une légère panique m’envelopper. Heureusement, j’avais ma tablette et je me suis mis à chercher un signal WiFi disponible. J’en ai essayé plusieurs avant d’en trouver un gratuit. Mon premier appel a été pour Natsumi. Pas de réponse, elle devait être au travail. Ensuite, ma sœur. Je n’avais aucune idée de l’heure qu’il était au Canada, mais je n’avais pas beaucoup d’options. Par chance, ma sœur a répondu. J’ai expliqué la situation et elle et mon père m’ont aidé. À l’aide de LINE, Google Maps, Facebook, Notes et des captures d’écran, ils ont réussi à me donner une idée précise de la façon pour m’y rendre. J’ai raccroché sans savoir si j’allais être capable de trouver un autre signal WiFi si je me reperdais.

 

Juste avant de monter à bord du train, j’ai décidé de m’informer auprès d’un membre du personnel de la gare. Une chance que je l’ai fait, parce qu’il m’a dit que j’étais au mauvais quai. C’est une des choses les plus difficiles au sujet du système ferroviaire. Les panneaux des quais affichent EXACTEMENT la même information, et pourtant les gens savent quel train va où.

 

Je suis monté à bord, j’ai changé de train à quelques stations plus loin et je suis finalement arrivé à la bonne station. J’allais sortir, quand la barrière m’a arrêté pour provisions insuffisantes sur ma carte PASMO[1]. Il y avait plein de monde derrière moi qui attendait de passer. J’ai couru au guichet le plus près pour remplir ma carte et je suis sorti. Mais est-ce que j’étais sorti en un seul morceau?

 

J’ai pris un taxi pour me rendre au site du tournoi en demandant : « Saitama Budokan ni ittekudasai », ce qui signifie « Allez au Budokan Saitama s’il vous plaît. » J’ai payé 1 000 yens, environ 13 $, pour une course de 8 minutes... mais j’étais rendu et c’est ce qui comptait.

 

En me dirigeant vers l’espace des estrades où se trouvaient les membres de l’équipe de l’Université Tokai, j’essayais de me souvenir du nom du coéquipier que je devais rencontrer ce matin-là. Je me suis assis, parmi les regards légèrement surpris de mes coéquipiers de me voir là. J’ai vite trouvé qui était mon guide et je lui ai présenté mes excuses pour mon retard.

 

Dès le début des combats, l’intensité des encouragements était au rendez-vous. Un des gérants de l’équipe, Gou-san, est venu me parler ainsi qu’au frère de Haruka Tachimoto, Shoo-san (Haruka est très connue à Tokai pour être d’un rang élevé dans la catégorie des moins de 70 kg. Ma sœur a eu la chance de s’entraîner avec elle et elles sont devenues amies. Elle était aussi au souper avec moi la veille.) Ça me faisait plaisir que des gens viennent me parler comme ça, même si nos échanges étaient limités, en général moi posant des questions et eux tentant de trouver une réponse simple pour moi. Après un moment, j’ai regardé autour de moi les groupes des autres universités et j’ai remarqué Kyle Reyes, un des judokas du Canada qui s’entraîne avec Nihon Daikagu, de l’Université du Japon. Je suis allé le saluer même si je doutais qu’il me reconnaisse. Après un bref échange, je suis retourné à mon siège où l’on m’a offert d’aller chercher un dîner, encore une fois. Pas de meron pan cette fois, mais j’ai calé un autre deux litres de jus de pomme. Au moment de réintégrer mon siège, je me dis que ce serait bien de prendre une photo avec Kyle, alors je plonge la main dans mon sac à dos pour prendre ma tablette... pour me rendre compte qu’elle n’y est pas. À nouveau, la panique m’envahit. Mes coéquipiers tentent de m’aider à la chercher, me demandent quand je l’ai vu la dernière fois. Je me souviens que ça doit être quand j’ai ajouté un montant supplémentaire sur ma carte de train, puisque je l’avais avec moi et que je ne l’aurais pas juste laissée traîner dans le train.

 

C’est là où le Japon excelle! Mes amis ont appelé la station et, à mon grand soulagement, ont confirmé qu’elle y était. Si ça avait été au Canada, il y a de fortes chances que ma tablette aurait été volée. Mais le Japon est probablement un des endroits les plus sécuritaires pour perdre quelque chose, si cela a du sens. Mais oui, ils l’avaient et allaient la garder jusqu’à mon retour.

Mon ami a pris cette photo de Kyle et moi avec son téléphone.

Comme le tournoi tirait à sa fin, j’ai décidé d’essayer de parler avec sensei[2] Hongo. Je me suis enquis auprès de quelques employés et ils m’ont immédiatement escorté jusqu’au joseki[3], où j’ai dû vraiment me faire remarquer avec ma chemise d’un bleu brillant. C’était un peu intimidant. Mais j’ai attiré très vite l’attention de sensei Hongo et j’étais content qu’il me reconnaisse. Nous avons parlé de mon séjour au Japon et de son nouveau poste au sein de la communauté japonaise de judo. Nous nous sommes laissés avec la promesse de rester en contact et de s’arranger pour partager un repas ensemble un moment donné.

 

Le tournoi terminé, Yazawa-san et Shou-san m’ont accompagné sur le chemin du retour et m’ont invité à aller souper avec eux. Nous avons mangé des ramens dans un authentique petit restaurant et discuté, comme nous pouvions, de divers sujets. La nourriture était bonne et, même si je ne comprenais pas grand-chose de ce qu’ils disaient la plupart du temps, ce fut tout de même plaisant. Nous sommes revenus à la station de gare et j’ai réclamé ma tablette. J’ai dû remplir quelques formulaires et je ne connaissais pas l’adresse de Tokai ni le numéro de téléphone, alors mon ami a trouvé ces renseignements sur Internet et les a écrits pour moi. Nous sommes ensuite revenus à la résidence.

Shou-san, Yazawa-san et moi, mangeant du ramen.

Ce fut une longue journée et nous étions à moitié endormis sur le chemin du retour. La conversation était au minimum pendant les changements de trains. Finalement, rendus à Tokaidaigaku-mae, la station près de Tokai, nous nous sommes dit au revoir et nous avons pris chacun notre route. J’ai débarré mon vélo et monté la côte jusqu’au dortoir.

 

Qu’est-ce tout ça m’a appris? Bien, la seule chose est que, même si je dis à tout le monde que je me suis rendu au site du tournoi par moi-même, en réalité, ce n’est pas vrai. Natsumi, Haruka, mon père, ma sœur et des gens sur mon chemin m’ont tous aidé à m’y rendre et sans eux, il y a de fortes chances que je serais encore en train de chercher. Sans mes coéquipiers, je n’aurais pas retrouvé ma tablette. Une chose que je n’aime pas du tout, c’est de devoir compter sur les autres, mais je crois que j’ai appris aujourd’hui que c’est ce que je vais devoir faire pendant un certain temps. Bien sûr, je pourrais mieux me préparer et faire des recherches, comme m’a suggéré ma sœur, mais peu importe, je vais toujours oublier quelque chose. Heureusement, je ne suis pas seul.

 

[1] La carte PASMO est une carte à puce sans contact, utilisée notamment pour le métro de Tokyo comme moyen de paiement. (Source : Wikipédia)

[2] Sensei : maître qui donne son enseignement à un élève.

[3] Joseki : le côté du dojo qui se trouve à droite et où les professeurs se tiennent (à l’opposé du shimozeki, le côté des élèves)

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