Mon inspiration pour...

Ne me cherche plus

Ne me cherche plus est le premier d’une série de six textes de chansons qui aborderont le thème de la relation amoureuse entre homme et femme. L’amour est sans contredit le thème le plus souvent abordé en chanson. Dans une société où la quête du bonheur personnel compte plus que tout, la relation amoureuse prend nécessairement une importance capitale. Elle donne lieu à beaucoup d’émotions, elle devient donc un sujet de prédilection pour les auteurs et les paroliers.


Il n’est plus à démontrer que, dans nos sociétés occidentales, l’individu est au centre de tout, et que son authenticité et son épanouissement personnel sont devenus des valeurs incontournables[1] De plus en plus rares sont les individus prêts à faire durer leur couple au péril de leur identité propre. Le couple moderne ne peut donc durer que si les deux partenaires qui le composent existent aussi en tant qu’individu libre et assumé, et que s’ils inscrivent leur relation dans un processus évolutif. Le couple n’est plus une chose établie « une fois pour toute », il est plutôt « une création en continu », il se transforme à mesure que les individus qui le composent se découvrent, se transforment, s’épanouissent. 


Supposons maintenant que nous sommes en présence de deux individus psychologi-quement « adultes », chacun s’assumant en tant que « personne en devenir » et acceptant qu’il en soit de même pour l’autre. Les voilà prêts à convenir du type de relation qu’ils veulent établir. Il faudra alors que ces deux personnes négocient « l’espace psychologique » dont chacun a besoin pour s’épanouir au sein du couple. On constate souvent que l’échec du couple tient justement à un échec de cette négociation entre les partenaires. Si cette négociation échoue pour des raisons aussi simples que le manque d’habiletés à communiquer chez les partenaires, tout n’est pas perdu! On peut en effet apprendre à communiquer. Mais, il faut se le dire, cette négociation échoue souvent parce que les partenaires s’adonnent à une communication « tordue » où l’on devine que l’intention de la communication n’est pas de se comprendre, de s’entendre, d’évoluer, de se lier, mais plutôt d’avoir raison ou de dominer. Le défi n’est donc plus le même, et rien n’évoluera tant que l’enjeu réel ne sera pas mis au jour et admis par les partenaires. L’introspection et la bonne foi sont donc des ingrédients nécessaires à la réussite.


Il semble y avoir plus de manières d’échouer la création de ce couple évolutif que de manières de la réussir : rupture, ennui au sein du couple, infidélité, peur de l’engagement et amour introuvable témoignent de la difficulté d’être en couple, et d’en faire une expérience vivante et épanouissante. Ce sont ces différentes formes d’échecs du couple qui feront l’objet de mes prochaines chroniques. J’aborderai aussi le thème de l’amour qui dure. Oui, l’amour peut durer… et être vrai!

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Ne me cherche plus


« Les hommes meurent rarement d’amour, ils s’endorment avant! Et les femmes meurent, parfois, de cet endormissement ».[2] C’est avec cette petite phrase amusante du philosophe Comte-Sponville que je voulais introduire mon sujet aujourd’hui puisqu’il sera question de séparation, et qu’au Québec, comme le rapporte la journaliste Martine Letarte[3], 70 % des ruptures viennent des femmes (et c’est d’ailleurs la même chose dans les autres pays occidentaux). Et l’homme, dans de nombreux cas, affirme qu’il ne l’a pas vu venir. Que se passe-t-il donc dans la tête de ces hommes qui étaient là sans y être vraiment?


Chercheurs et professionnels en relation d’aide s’entendent pour dire que, de façon générale, les hommes se questionnent moins que les femmes quant à leur satisfaction dans une relation amoureuse. Le psychologue Richard Cloutier[4] parle d’un « déficit de lecture émotionnelle » pour décrire ce manque de réflexivité émotionnelle et relationnelle qui caractérise les hommes. Ce déficit, dira-t-il, est souvent lié à la prégnance des valeurs de socialisation masculine traditionnelle (l’homme fort et indépendant), celles-ci le détournant de l’univers des relations intimes et de la vie intérieure. L’homme sera par conséquent moins enclin à faire le travail émotionnel nécessaire pour investir le couple, travail qui implique le développement d’habiletés à décoder le climat relationnel et à communiquer dans un langage approprié. Quand la crise survient, il a tendance à chercher des solutions dans son répertoire de comportements habituels : il propose des actions concrètes, des projets (rénover, acheter une nouvelle maison, faire un voyage). Parfois, il s’aventure dans un champ inexploré et propose une thérapie de couple, mais trop tardivement (le mal est fait, la partenaire est désillusionnée, l’espoir est mort), si bien que l’offre sera refusée! Ou, si elle se tient, cette thérapie, elle prendra souvent l’allure d’un procès d’intention stérile et inutile (il s’agit ici, bien sûr, d’une généralisation : les réactions des hommes et des femmes peuvent être différentes, et les rôles, inversés).


La détresse de l’homme est-elle plus grande que celle de la femme en cas de rupture? En fait, tout n’est pas lié au genre masculin ou féminin, mais certains éléments le sont. Évidemment, celui ou celle qui « ne l’a pas vu venir » sera généralement plus déstabilisé et, à cet égard, c’est l’homme qui se verra le plus souvent sous le choc et en situation de rattrapage dans sa compréhension des causes de la rupture. Toujours en raison de ce « déficit de lecture émotionnelle » dont nous parlions plus haut, l’interprétation de la rupture chez l‘homme fera souvent défaut, ce qui compliquera son deuil. Il n’est pas rare qu’il se verra comme une pure victime, que sa part de responsabilité dans l’échec de la relation restera hors de son écran radar (après tout, c’est elle qui est partie, ce doit donc être elle qui est responsable de la séparation…). Voilà qui explique en partie sa tendance à rester accroché à la relation, accroché en manifestant ouvertement son désir d’y revenir, ou accroché en maintenant un lien « par la négative », par exemple en mettant tout en œuvre pour nuire à l’autre et rester ainsi dans sa vie (procédures judiciaires interminables, chantage, otage des enfants sur le plan affectif ou refus de collaboration, harcèlement et parfois, malheureusement, vengeance meurtrière). De plus, ce même « déficit » sur le plan émotionnel le conduira à s’isoler psychologique-ment et socialement : souvent honteux devant ce qu’il considère comme un échec, il évitera de parler de sa situation, d’exprimer ce qu’il vit. À cela s’ajoute la difficulté de s’adapter à la vie quotidienne après la rupture, surtout si les rôles étaient bien campés selon les genres. Dans ce cas, l’homme découvre soudainement un monde d’obligations liées à la responsabilité de « tenir la maison » (soins des enfants, repas, épicerie, lessive, etc.) et, il faut bien le dire, cet apprentissage exige une bonne dose d’énergie. 


La détresse de la femme n’est pas moindre, mais j’ai souvent remarqué que, chez celle-ci, les plus grandes difficultés ont été vécues avant la rupture (dans le cas où c’est elle qui l’initie), et que cette rupture, une fois décidée et en voie de se réaliser, est souvent vécue comme une libération. Par contre, avant la rupture, elle a souvent travaillé très fort auprès de son homme pour « gérer la relation conjugale », c’est-à-dire tenter de se faire comprendre sur le plan émotionnel, de rééquilibrer le fardeau lié aux soins des enfants et aux tâches domestiques, de mieux répartir le pouvoir décisionnel, etc. Elle aura eu le sentiment que son engagement tournait à vide. Son énergie, tout comme son estime personnelle, aura souvent frôlé le plancher avant qu’elle n’accepte la nécessité d’agir pour « se retrouver ». Elle aura aussi été tourmentée en pensant aux réactions de tous lorsqu’elle annoncera la rupture : celles de son conjoint, de ses enfants, des familles concernées, des ami(e)s, des collègues de travail, etc. Étant elle aussi empreinte des valeurs qu’elle a acquises de sa socialisation en tant que femme (une sorte d’hyper-responsabilisation), elle voit venir de loin la culpabilité qu’on ne manquera pas de lui faire sentir et qu’elle aura à assumer courageusement. En fait, la tempête la secoue, elle aussi, mais son intensité ne se pointe pas au même moment durant l’épisode tumultueux. Évidemment, si monsieur n’accepte pas la rupture et décide de lui rendre la vie difficile, la séparation effective ne la soulagera pas de ses tourments. Nombre de femmes subissent en effet les durs contrecoups d’une séparation que monsieur « ne digère pas » (encore une fois, les rôles peuvent être inversés).


Cela dit, il me semble que la manière la plus bénéfique de se sortir des impacts psychologiques d’une rupture, que l’on soit homme ou femme, reste celle-ci : « se dévictimiser », assumer sa part de responsabilité dans l’échec, reconnaître ses forces et ses faiblesses, s’améliorer et aller de l’avant! 


Notez que ce que je raconte dans plusieurs de ces textes m’a été largement inspiré par les propos de dizaines de femmes et de quelques hommes qui se sont confiés à moi tout au long de ma pratique professionnelle. Voici l’histoire classique d’une rupture initiée par une femme qui en avait ras-le-bol! 

[1] Individualisme, désengagement social au profit d’une quête du bonheur personnel : thèmes souvent abordés dans mes chroniques. Voir notamment : Vivre de liberté, Je m’en fous (à venir), C’est comme ça que l’on vit (à venir). Sur le thème de l’amour, voir aussi : L’amour et son petit lexique.

[2] André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus, chapitre 18 : L’amour.

[3] Martine Letarte, Lorsque l'homme subit la rupture, publié le 24 janvier 2016 à 08h30 | Mis à jour le 24 janvier 2016 à 08h30

[4] Dʳ Richard Cloutier, psychologue, Rupture conjugale et détresse masculine, site Web de l’Ordre des psychologues du Québec.